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Chronique animale - Épisode 21 : Dur d’être un albinos chez les poissons chats (aussi)

28/09/2021

Les albinos sont assez rares dans la nature. On en observe chez les oiseaux, les mammifères, les poissons ou les reptiles mais cela demeure toujours exceptionnel. L'albinisme est une maladie génétiquement déterminée qui implique des troubles du système mélanique, entraînant une hypopigmentation du pelage, des écailles ou des plumes. Dans la nature, la survie des individus touchés par ce syndrome est de courte durée, probablement à cause de l’impossibilité pour ces derniers de se fondre dans le paysage. Difficile pour une proie d’échapper aux prédateurs ou pour un prédateur de chasser incognito lorsque l’on arbore un blanc immaculé. Mais l’albinisme impacte-t-il d’autres caractéristiques de la vie des animaux ?

Curieusement, les effets de l’albinisme sur le comportement social n’ont été étudiés que chez l’espèce humaine. Il a ainsi été noté une moindre capacité pour les hommes albinos à nouer des amitiés, se marier ou bénéficier d’opportunités dans leur carrière professionnelle, suggérant un ostracisme social fort. Comme de nombreuses espèces animales sociales peuvent être confrontées à l’apparition d’un congénère albinos, il est légitime de chercher à en mesurer les conséquences dans les relations entre individus.

Deux chercheurs de l’université de Prague et un membre de l’université d’Alberta au Canada ont relevé ce défi en profitant de l’opportunité qui leur était offerte d’étudier les effets de l’albinisme chez un poisson bien connu de nos rivières, le silure glane (Silurus glanis). Ce gros poisson chat peut former des groupes de quelques dizaines d’individus, généralement toujours localisés aux mêmes endroits, dont le sens écologique nous échappe. L’expérience réalisée en laboratoire consistait à permettre à différents groupes de huit silures d’accepter ou de rejeter un nouvel individu. Ce dernier était soit un silure avec un phénotype classique soit un silure albinos.

Les résultats des divers tests sont éloquents. Les chercheurs ont constaté qu'un nouvel individu albinos était toujours plus éloigné du groupe de poissons qu’un individu pigmenté. La probabilité qu'un poisson albinos soit complètement seul était deux fois plus élevée dans l’ensemble des expériences. Les albinos étaient donc plus fréquemment rejetés. Par ailleurs, la cohésion du groupe de silures, mesurée par la proximité entre les individus, était plus importante en présence d’un albinos suggérant une réaction du groupe face un congénère au phénotype différent.

Ce comportement d’exclusion social pourrait être adaptatif, éviter un partenaire trop visible permettant aux silures d’être moins repérés par des prédateurs. Mais pour les chercheurs, la raison du rejet d'un individu ne serait pas directement liée à sa différence, plutôt à la peur de la bizarrerie. Une tendance qui semble exister aussi bien chez les silures que chez les humains…

 

Slavík O., Horký P. et Maciak M., « Ostracism of an Albino Individual by a Group of Pigmented Catfish », PLoS ONE, vol. 10, 2015, e0128279.