L’actualité humenSciences

Chronique animale - Épisode 35 : Comme une araignée sous l’eau

19/04/2022

Face à la mort, les individus sont capables des plus extraordinaires prouesses. Alors que certains se rendent invisibles grâce à leurs formes et leurs colorations mimétiques, d’autres font face au danger et essayent d’impressionner leurs agresseurs, comme la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf.

Les stratégies anti-prédateurs sont un ensemble de traits morphologiques et comportementaux permettant aux proies d’échapper à leur destin. À défaut de posséder dans leur arsenal défensif des armes chimiques ou physiques, il reste la fuite. Certains comptent alors sur la vitesse, d’autres sur la ruse. On a vu des animaux trouver refuge dans des endroits improbables. L’art de se cacher faisant partie intégrante des tactiques pour survivre. Le risque de se faire dévorer oblige souvent les individus à adopter des comportements a priori contre-nature. Certains n’hésitent pas à se jeter dans le vide pour échapper à leur prédateur…

Pour les organismes terrestres, le milieu aquatique est a priori plutôt défavorable, en particulier pour les ectothermes qui respirent à l’air libre. Mais se cacher sous l’eau peut se révéler intéressant, si l’on sait garder sa respiration suffisamment longtemps. Lindsey Swierk et ses collaborateurs ont analysé cette stratégie chez une araignée semi-aquatique de la famille Trechaleidae. Ces araignées ne sont pas connues pour utiliser la plongée comme stratégie anti-prédateur. En réalité, bien que semi-aquatiques, elles sont rarement immergées, et si leur nourriture est aquatique, la pêche se fait toujours à partir d'un emplacement terrestre. Les chercheurs pensent que cela est dû aux coûts élevés de l'immersion, que ce soit en matière de respiration ou de perte thermique. Pour voir si les araignées sont tout de même susceptibles de trouver refuge sous l’eau, les chercheurs ont eu l’idée de les soumettre à un prédateur et d’observer leur comportement. Ils ont choisi ce qu’ils avaient sous la main, c’est-à-dire eux, des humains. L’espèce utilisée, Trechalea extensa, est originaire d’Amérique centrale et mesure à peine un centimètre. Poursuivies par la main de l’Homme, les araignées ont résolument plongé vers des refuges sous-marins pour des durées supérieures à trente minutes. Des apnées prolongées donc pour échapper au danger. Les chercheurs ont aussi identifié des adaptations morphologiques permettant de contrebalancer les coûts de l’immersion, en particulier la capacité de leurs poils cuticulaires à fournir une surface hydrophobe permettant de réduire la perte de chaleur. Tranquille sous la surface, l’araignée attend dans sa couverture de poils que le danger s’efface pour retrouver la terre sèche. Ces observations élargissent notre compréhension des stratégies de défense des proies face au danger.

On peut désormais dire : heureuse comme une araignée dans l’eau.

 

Swierk L., Petrula M. et Esquete P., « Diving behavior in a Neotropical spider (Trechalea extensa) as a potential antipredator tactic », Ethology, 2022.