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Chronique animale - Épisode 37 : L’immunité sociale… des abeilles

17/05/2022

De tous les désavantages de la vie en collectivité, celui de se retrouver contaminé par un voisin malade n’est pas des moindres. La crise du Covid-19 nous a rappelé ce risque. Comme la fréquence des contacts entre les individus et la proximité physique influencent le risque d’infection, des stratégies d’évitement des agents pathogènes ont été favorisées au cours du temps chez les animaux. Et notamment des défenses comportementales.

Les colonies d'abeilles domestiques (Apis mellifera), comme tous les insectes sociaux, sont particulièrement vulnérables aux agents pathogènes et aux parasites en raison de leurs très nombreuses interactions. Au-delà de leurs réponses immunitaires individuelles, elles ont développé une immunité sociale permettant de lutter en synergie contre l’invasion de pathogènes à l'intérieur de la colonie. Des chercheurs de l’université de Sassari en Sardaigne ont eu l’idée d’analyser si la présence de l'acarien parasite Varroa destructor induisait des changements dans l'organisation sociale des colonies d’abeilles, et si ces changements réduisaient la propagation du parasite.

Des séries d’expérience au laboratoire, des observations à haute résolution du comportement individuel de groupes d'abeilles infestés expérimentalement et d'abeilles exemptes de Varroa ont été réalisées. Il apparaît que les abeilles réagissent à l'intrusion du Varroa en modifiant l'utilisation de l'espace et les interactions sociales. Ainsi, les danses des butineuses, ces moments privilégiés ou ces insectes ont de nombreux contacts et qui peuvent favoriser l'entrée du Varroa dans la colonie, se produisaient plus fréquemment à la périphérie de la ruche et proche de son entrée dans les colonies infestées que dans les colonies saines. Par ailleurs, dans les mêmes ruches infestées, les nourrices se trouvaient plus fréquemment sur les cadres centraux que sur les cadres latéraux, une zone centrale habituellement occupée par le couvain et les larves.

En résumé, les colonies d'abeilles répondent à la présence du Varroa en déplaçant les butineuses à l’origine des contaminations de la ruche vers la périphérie du nid et les jeunes abeilles vers son centre. Ainsi, la distance entre les cohortes d'abeilles jeunes et les plus âgées est augmentée par rapport à celle détectée en l'absence de parasitisme. Ces résultats suggèrent une stratégie comportementale pour limiter la transmission du parasite au sein de la colonie qui n'avait pas été étudiée précédemment. Les abeilles domestiques font ainsi preuve d’une plasticité comportementale qui leur permet de trouver un équilibre entre l'échange d'informations, indispensable, et la lutte contre la propagation du parasite dans la ruche, tout aussi incontournable. Se protéger des autres pour se protéger soi-même…

 

Pusceddu M., Cini A., Alberti S., Salaris E., Theodorou P., Floris I. et Satta A., « Honey bees increase social distancing when facing the ectoparasite Varroa destructor », Science advances, vol. 7, no 44, 2021, eabj1398.