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Chronique animale - Épisode 39 : Il fait trop chaud pour réfléchir

14/06/2022

Le cassican flûteur (Gymnorhina tibicen) est un oiseau d’Australie connu pour ses incroyables performances vocales et ses capacités cognitives remarquables. Sa présence au côté des hommes et ses comportements fantasques font de lui un emblème de l’île continent depuis des millénaires. Rien ne semble résister à cet oiseau, rien sauf… le dérèglement climatique.

La cognition, c’est-à-dire tous les processus relatifs à la connaissance tels que la perception, la mémorisation, le raisonnement, etc. permet aux animaux de répondre et de s’adapter aux changements environnementaux. Chez de nombreuses espèces, elle est souvent liée à la condition physique. Mieux on se porte, mieux on réfléchit. Face au réchauffement climatique, il apparaît crucial d’identifier l’impact de la hausse des températures sur les capacités cognitives des animaux.

Pour étudier la relation entre le stress thermique et la cognition, un groupe de chercheurs australiens et anglais s’est donc intéressé aux performances individuelles dans l’apprentissage associatif chez le cassican flûteur d’Australie occidentale. Pendant deux années consécutives, ils ont utilisé neuf groupes d’oiseaux, de 4 à 16 individus, habitués à vivre à proximité des humains. Les mesures de performances cognitives étaient fondées sur l’apprentissage associatif d’une tâche spécifique. Il s’agissait pour les oiseaux d’apprendre une association entre une forme particulière et une récompense alimentaire (en l’occurrence, un petit morceau de mozzarelle). Dans un dispositif expérimental comprenant deux puits identiques fermés par des couvercles en bois noir, l’un contenait une récompense et portait une marque blanche distincte. Les chercheurs ont constaté que le stress thermique impactait négativement la performance. Les taux de réussite individuels se révélaient beaucoup plus faibles en situation de stress thermique. Les individus échouaient régulièrement alors que les réussites étaient constantes dans des conditions normales. Cette répétition des mêmes résultats suggère que l’effet observé ne peut être attribué à la fluctuation naturelle des performances cognitives mais bien à la hausse des températures.

Cette étude est l’une des premières à révéler l’influence négative du stress thermique sur les performances cognitives d’un animal sauvage. Encore un effet délétère du réchauffement climatique !

 

Blackburn G., Broom E., Ashton B. J., Thornton A. et Ridley A. R., « Heat stress inhibits cognitive performance in wild Western Australian magpies, Cracticus tibicen dorsalis », Animal Behaviour, vol. 188, 2022, p. 1-11.