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La tête dans les étoiles - Épisode 54 : Les mystères d’Encelade

29/06/2021

Dans la série « La vie ailleurs et comment en parler » (voir épisodes 31 et 45), Encelade se devait tôt ou tard d’entrer en scène.

 

Encelade est un satellite de Saturne de taille assez modeste – à peine plus de 500 km de diamètre – imagé pour la première fois par les sondes Voyager en 1980 et 1981. Bien que sommaires, ces premiers clichés avaient révélé une surface étonnamment brillante et dénuée de cratères, deux signes que celle-ci était jeune au sens géologique du terme, une observation étonnante tant la petite taille d’Encelade rendait difficilement imaginable l’existence d’une source d’énergie pérenne en mesure de remodeler sa surface. Mais ce n’est pas tout. En 2005, la sonde Cassini y découvrait d’immenses geysers pulvérisant dans l’espace de minuscules particules de glace, preuve que, contre toute attente, Encelade refermait encore de nos jours un océan liquide protégé par une épaisse couche de glace fracturée par endroits, et bien sûr, qui dit eau liquide dit – peut-être ! – possibilité de vie extraterrestre. Quelques survols d’Encelade plus tard, Cassini était déviée de sa trajectoire pour passer au travers du panache d’un de ses geysers afin d’en déterminer la composition (outre la glace) et y détecta du méthane. Or, si le méthane se trouve en abondance dans les planètes géantes, il n’est pas facile d’imaginer pourquoi il y en aurait, fût-ce en très faibles quantités, dans l’océan liquide d’une modeste lune… sauf à imaginer que – peut-être ! – des processus biologiques tels que ceux observés sur Terre en soient la cause.

 

Dans une étude récente, une équipe de chercheurs français a estimé quelle quantité de méthane abiotique (c’est-à-dire non issu d’organismes vivants) pouvait être produite par Encelade puis éjectée par ses geysers et a comparé celle-ci à l’abondance observée. Verdict (temporaire ?) : les processus abiotiques envisagés sont, semble-t-il, insuffisants pour expliquer les niveaux de méthane détectés par Cassini.

 

L’argumentaire utilisé est assez proche de l’adage de Sherlock Holmes : « Lorsque vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité. » Ici l’impossible serait l’existence de processus abiotiques émettant du méthane en quantités suffisante, et l’improbable serait une vie sur Encelade, avec le danger de faire reposer une conclusion aussi extraordinaire sur l’hypothèse (incertaine) que l’on a effectivement balayé tous les processus abiotiques envisageables.

 

Légende : Le pôle sud d’Encelade est parsemé de geysers situés le long de quatre grandes lignes de failles (au-dessus). La faible gravité du satellite permet aux particules de glace expulsées de former un anneau diaphane qui s’étend sur toute la trajectoire du satellite (en-dessous).

 

Crédit : NASA/JPL/Space Science Institute