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La tête dans les étoiles - Épisode 79 : L’architecte et son temple céleste

16/08/2022

Un Panthéon sur Mercure ? Dénuée d’atmosphère et de processus d’érosion qui remodèlerait sa surface, Mercure est une planète géologiquement morte et criblée de cratères de tous types. Si on les ordonne par taille, le classement est largement dominé par l’immense bassin Caloris et ses 1 500 km de diamètre, probablement causé par l’impact titanesque avec un astéroïde de plus de 100 km qui a heurté la planète à une vitesse approchant les 200 000 km/h. Cependant, l’aspect le plus mystérieux de Caloris n’est pas sa taille – même si elle n’a guère d’équivalent dans le Système solaire – mais ce que l’on trouve en son centre. Celui-ci est en effet parcouru par un double réseau de faille radiales et d’escarpements concentriques partageant le même point focal. En schématisant, ce double réseau n’est pas sans rappeler le tracé des parallèles et des méridiens d’un globe terrestre que l’on regarderait depuis le dessus du pôle Nord, ou bien les poutres de soutènement de la coupole surplombant certains monuments que l’on observerait cette fois par en dessous.

 

C’est sur cette dernière analogie architecturale que se sont appuyés les planétologues pour baptiser ces failles et escarpements du nom des « Fosses du Panthéon », en référence au Panthéon de Rome et son célèbre dôme, un des vestiges les plus célèbres et les mieux conservés de l’empire romain. Outre qu’il est situé au centre de Caloris, le plus étrange dans ce réseau de failles est qu’un cratère se trouve presque exactement en son cœur, au point qu’il est tentant d’imaginer que les deux – cet autre cratère et le réseau de failles et d’escarpements – sont intimement liés : le plancher du bassin Caloris, fragilisé par le choc qui a scellé sa naissance, aurait ensuite été fracturé par l’impact ultérieur ayant créé le second cratère.

 

Parce que cette interprétation est terriblement tentante, et pour rendre l’histoire plus belle, les planétologues de la Nasa ont alors eu l’idée ingénieuse de baptiser ce cratère du nom d’Apollodore, en hommage à Apollodore de Damas, célèbre architecte romain du iie siècle de notre ère et qui n’est autre que le probable concepteur du Panthéon de Rome. Seulement « probable » car aucun document historique ne l’atteste avec certitude… tout comme nulle donnée actuelle n’assure que l’existence des failles est liée à celle du petit cratère. L’effet de miroir est ainsi préservé, jusque dans les noms donnés !

 

Le bassin Caloris sur Mercure (en fausses couleurs) ; un zoom sur sa région centrale avec les Fosses du Panthéon et le cratère Apollodore ; la coupole du Panthéon de Rome, œuvre de l’architecte Apollodore.

 

Crédit : NASA/Johns Hopkins University Applied Physics Laboratory/Carnegie Institution of Washington ; Architas, Wikimedia Commons