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La tête dans les étoiles - Épisode 88 : Solstices, équinoxes et calendriers

20/12/2022

Qu’est-ce qu’une année ? Le temps que met la Terre pour faire le tour du Soleil ? On peut effectivement la définir ainsi – on parle alors d’année sidérale –, mais ce n’est pas par ce biais que sont construits nos calendriers. Ceux-ci se basent sur l’année tropique, c’est-à-dire le cycle des saisons. Ce dernier est fixé par l’orientation de l’axe de rotation terrestre par rapport au Soleil. Du fait que cette orientation varie très lentement au cours du temps, années tropiques et sidérales ne sont pas confondues.

 

Dans l’Antiquité romaine, il avait été établi que l’année tropique faisait aux alentours de 365,25 jours, d’où l’introduction du calendrier dit julien, sous le règne de Jules César. Celui-ci comporte une alternance de trois années à 365 jours et d’une année de 366 jours, dite « bissextile », c’est-à-dire dont le nombre de jours contient deux fois le chiffre 6. En réalité, l’année tropique est un peu plus courte, elle vaut plutôt 365,2425 jours. Résultat des courses, le calendrier julien est doté d’années un peu trop longues en moyenne, ce qui provoque un décalage progressif des saisons. Celles-ci sont vouées à commencer à des dates calendaires de plus en plus précoces. Pour corriger cette anomalie qui atteignait alors la dizaine de jours, le pape Grégoire XIII proposa à la fin du xvie siècle de changer la procédure déterminant quelles sont les années bissextiles afin d’arrêter cette dérive, et surtout de recaler la date des saisons sur celles en vigueur à l’époque romaine en raccourcissant d’autant l’année 1582. Non pas à la fin de celle-ci afin de ne pas perturber les fêtes religieuses, mais dans le courant du mois d’octobre : on passa ainsi du jeudi 4 octobre au… vendredi 15. La plupart des pays catholiques mirent rapidement en place cette réforme (courant décembre pour la France), mais pas ceux où d’autres religions dominaient, celles-ci refusant dans un premier temps de se soumettre à une décision papale, pourtant motivée par des considérations pratiques et non religieuses. C’est la raison pour laquelle des confusions de dates existent pour des événements survenus après 1582 dans des pays qui n’avaient pas encore mis en place ladite réforme. L’exemple le plus connu est la « révolution d’octobre » de 1917 en Russie. Celle-ci eut lieu le 7 novembre dans le calendrier grégorien, jour correspondant au 26 octobre en Russie orthodoxe qui utilisait encore le calendrier julien, celui-ci s’étant d’ailleurs décalé de quelques jours supplémentaires depuis 1582.

 

Le fait que l’année commence peu après le solstice d’hiver est totalement arbitraire. Le calendrier juif fait commencer les années à l’équinoxe d’automne et, chez les Romains, c’est l’équinoxe de printemps qui longtemps fixa le début de l’année. Le premier mois de l’année était donc le mois de mars, ce qui explique qu’octobre était bien le huitième mois de l’année comme son nom l’indique, et non le dixième comme c’est le cas désormais.

 

En Europe, les saisons sont délimitées par les solstices et les équinoxes. Par exemple, l’hiver commence au solstice d’hiver (le jour le plus court dans l’hémisphère nord) et se poursuit jusqu’à l’équinoxe de printemps (où jours et nuits sont de durées égales partout à la surface du globe). Dans le monde chinois, les saisons sont plutôt centrées sur ces mêmes repères. Ainsi l’hiver y correspond-il à la seconde moitié de l’automne et la première moitié de l’hiver tels que définis en Occident. Et comme l’année du calendrier traditionnel chinois commence à la fin de l’hiver, le nouvel an chinois survient en général durant la première quinzaine de février, environ un mois et demi après le solstice d’hiver. Pourquoi « en général ? » Parce qu’en Chine, les saisons ont des durées fixées par les lunaisons. Avec en moyenne 12,3 lunaisons par an, les saisons durent la plupart du temps exactement trois lunaisons, un mois intercalaire étant ajouté tous les deux ou trois ans à l’une des saisons, ce qui provoque des fluctuations dans la date exacte du nouvel an chinois.

 

Dans le calendrier traditionnel musulman, encore utilisé pour fixer la date des fêtes religieuses, les années durent exactement 12 lunaisons, sans mois intercalaires, soit 354 ou 355 jours. Il y a donc un décalage progressif des fêtes religieuses, qui se produisent une dizaine de jours plus tôt chaque année : en 2023, le ramadan commencera ainsi le 23 mars, alors qu’il avait lieu en plein milieu de l’été il y a dix ans.

 

Si tout cela a attisé votre curiosité, il vous reste à comprendre comment fut défini l’éphémère calendrier républicain à l’issue de la Révolution française, ou comment procédaient bien avant Mayas, Aztèques et Hindous : la place manque pour le détailler dans cette chronique, dont la longueur ne saurait dépasser celle d’une nuit de solstice d’hiver.